Route du Rock Ete 2009 - Festival [Aout 09]

Écrit par Nat Le Scouarnec
Vendredi, 30 Juillet 2010 10:16
RDREte

JOUR 1
Marissa Nadler // Delano Orchestra + Leopold Skin // Deerhunter // Atlas Sound

C’était l’après-midi, les nuages s’effaçaient paisiblement et juste en dessous, au Fort St Père, une armée préparait les bruyantes litanies du premier soir dans une bienveillante frénésie. Il est toujours étrange de se poser comme parasite d’une grosse machine comme la Route du Rock, de courir après une poignée d’interlocuteurs, tous dans une telle surcharge d’activité qu’ils sont étonnamment dispos, comme entraînés à répondre à 160 questions en même temps. On prépare le soir, couvert par le bruit des guitares qui se règlent, puis on s’échappe un temps du Fort.

Devant le Palais du Grand Large, longs cheveux noirs, lunettes gigantesques et robe rose pâle, Marissa Nadler sort de ses balances. Elle veut bien jouer tout de suite. Durant tout le trajet, elle balancera entre une timidité maladive et l’envie de chanter dans les vieilles pierres, excitée par le lieu, effrayée par les nuées de touristes, cherchant les coins isolés. Un escalier séculaire, une nouvelle formule en harmonie avec son guitariste, les mouettes pour ponctuer, nous sommes loin de tout bruit et au paradis.

Au fil de la session, Marissa s’ouvrira, sourira, allant jusqu’à barboter dans la marée basse et reprendre Neil Young les pieds dans l’eau. Il n’y a rien de plus délicieux que de voir une artiste mal à l’aise prendre de l’assurance et du plaisir à jouer. Marissa Nadler nous a offert cela.

    

Deux heures plus tard, un peu plus loin sur la plage, le Delano Orchestra en termine avec son concert noyé de soleil. Le long des remparts, ils prennent les instruments, les lunettes de soleil dans une sorte de nonchalance joyeuse et emmènent amis et baigneurs faire les choeurs sur un plongeoir. Lorsque les voix montent, que l’eau scintille, la trompette s’élève et donne à cette ballade une ampleur touchante, rythmée par les plongeons et les rires des gamins. On s’attendait à de la folk, on a eu une épiphanie. Il est temps de retourner au fort, plus frénétique encore.

Bradford Cox, chanteur de Deerhunter, a fini ses balances. Il vient discuter avec nous, nous invite à filmer son concert et nous propose de chanter quelques nouvelles chansons de son projet solo après coup. Seulement après le concert, il y a le dîner, puis une interview, puis une séance photos, puis une interview, et derrière Tortoise qui joue fort et aucun endroit pour nous mettre au calme. Nous nous réfugions dans la loge, sans grand espoir d’en tirer quelque chose de fort. C’était sans compter sur son talent. Les chansons sont poignantes, tout s’efface autour, et à la troisième, Nora pleure. Elle est comme ça, elle est sensible, et Bradford conclut l’aventure par un gros hug. On a fini, on va se faire mal aux oreilles avec My Bloody Valentine. Fin de la première journée.

JOUR 2
Forest Fire // Papercuts

On avait donc eu cette idée avant de venir, louer une longère pas loin du festival et la transformer pendant trois jours en maison du bonheur, avec stock de bières au frais, barbecue dans le jardin et enceintes posées sur le gazon. On a trouvé tout ça, restait à faire venir les groupes et les fans. C’était sans compter sur l’emploi du temps surchargé de la Route du Rock, sur le confort qu’elle offre aux groupes (les incitant à ne pas quitter le site), sur notre manque de préparation et le travail que nous avions à faire sur place qui nous a fait transformer le salon de la longère en grande salle de montage improvisée.

Au final, il n’y eut qu’une soirée à la villa, mais avec les groupes qu’il fallait. Depuis ma découverte de Survival l’an dernier, je ne rêvais que de ça : entendre Forest Fire jouer ’I make Windows’ et leurs autres perles lors d’une fin de soirée apaisée. Leur musique semblait faite pour cela, pour les paresses ivres, les cendriers plein de fumées, les congrégations paresseuses, entassées à six sur un canapé. Cela tombait bien, ils jouaient leur premier concert français au Palais du Grand Large.

Le concert fut en demi-teinte, ventre mou et final grandiose, mais suffisait à nous donner l’envie d’en entendre plus. Le soir, au milieu du set des Kills, nous partîmes donc pour la villa avec le groupe. On lance un barbecue, on allume les bougies. Nathan et Adam posent une poignée de pédales sur la table de jardin, les branchent à nos amplis de poches, la soirée commence. Elle sera douce. Le groupe est plein d’humour, prêt à tout jouer, et ils sont juste parfaits. Ecoutez plutôt.

    


A 1h du matin, on apprend que les Papercuts ont accepté de nous rejoindre. Lorsque leur van les dépose, ils sont dans un état catastrophique : épuisés, avinés. Assis sur une chaise du jardin, Jason semble s’endormir sur sa guitare. Mais lorsqu’il s’agit de chanter, ils puisent dans une poche d’énergie secrète et leur John Brown tout en harmonies est à tomber de beauté.

JOUR 3
Hold Your Horses // Patriotic Sunday // Gang Gang Dance

On dit souvent de La Route du Rock que c’est un festival ’à taille humaine’ parce que son site ne comporte qu’une scène, contrairement à nombre de mastodontes européens qui montent jusqu’à huit. Mais le Fort St Père a ses satellites, qui offrent des concerts au moment où la scène mère se prépare, et la qualité de ce qu’on y voit et écoute est excellente : les concerts du Grand Palais ou ceux de la plage ont offert leur lot de bonnes surprises, là ou ceux du Fort n’ont pas toujours tenu leurs promesses. Les trois groupes d’aujourd’hui viennent de là.

Les Hold Your Horses avaient été sélectionnés par l’équipe de la Route du rock pour se produire sur la scène ’Jeunes talents’. Une équipée jeune et drôle, à l’image de leurs chansons insouciantes et débordantes. Aux abords de la villa, sur les bottes de foin, dans la marée tout juste descendue, puis dans un champ de maïs, ils ont sautillé, rigolé, tapé un peu partout et ont redonné de l’énergie à une équipe épuisée (qui se rendra compte après coup que Nat est allergique au maïs. Ouch...).

Les Nantais de Patriotic Sunday, composé pour partie des membres de Papier Tigre, jouaient sur la Plage du Bon Secours. On les a retrouvés autour d’une galette-saucisse, ils ont pris 3 voitures pour arriver à la ville, se sont installés dans notre cuisine, encore à moitié dans la soirée de la veille. En rond autour du plan de travail, un ’Jonas’ tendu, carré, à la rythmique précise.


   

Puis l’ambiance fut toute différente. Arrivés au Palais du Grand Large 2mn30 avant le début du concert de Gang Gang Dance, nous eûmes tout juste le temps de nous glisser vers la scène pour filmer l’un des concerts les plus surprenants et les plus prenants du festival. Baignés de lumières poussiéreuses, ils hurlaient, tapaient, tapaient, hurlaient sur fond de nappes synthétiques. Bon nombre de spectateurs sont partis avant la fin. Ceux qui sont restés étaient hypnotisés, et se sont rassemblés devant la scène pour un rappel d’une grande puissance. Grosse claque.

Images / Edit : Nat Le Scouarnec
Mix : Jean Baptiste Aubonnet
Prod : La Blogotheque / ALW