Beirut est une petite fanfare, deux trompettes et un trombone, ça n’est presque rien au Bataclan, c’est énorme dans un appartement. Et quand ils ont débarqué déchaussés dans le salon à l’épaisse moquette, on a su que ça allait faire du bruit, soulagés d’avoir trouvé un lieu sans voisins. La veille, après son concert, Zach Condon nous avait prévenus qu’il allait devoir rompre l’orthodoxie des Soirées de poche et prendre un micro pour que sa voix ne soit pas couverte par les instruments.

Elle n’allait pas être comme les autres donc, cette soirée. Ne serait-ce qu’à cause du micro, ne serait-ce qu’à cause du nombre de demandes que nous avions eu, ne serait-ce que pour nos hôtes, Seba et Pierre, 71 et 85 ans. Mais nous ne savions pas ce qu’elle rendrait. En fait, toute cette histoire de micro, tous ces instruments, tout ce barnum nous effrayaient un peu. Avant qu’il ne commence, on est allé harceler Zach pour le supplier d’oublier le plus possible ce micro.

Puis on ne savait pas ce qui arriverait.

Le groupe était comme à l’accoutumée, sage et un brin timide. Le public était comme à l’accoutumée, sage et un brin timide. Puis la sauce a pris, et puis on ne se souvient plus très bien. Une lanière d’accordéon s’est cassée, Perrin a demandé aux gens de se lever, les bières nous ont manqué bien plus rapidement que jamais, et tout est devenu complètement fou. Le groupe a pris possession du salon, venant se mélanger au public, jouant côte à côte avec des gens aux yeux brillants
Comme l’esprit de la toute première Soirée de poche, où on a le sentiment assez confus que cela nous échappe complètement, et que c’est tant mieux. Nous n’avons pas pu tout mettre. Pas de Penalty avec Zach seul au ukulélé au milieu des invités, pas de Postcards from Italy anarchique, mais il fallait choisir. Ce ne fut pas facile.
      
Images : Stances
Edit : Nat Le Scouarnec
Prod : Arte Live Web / La Blogotheque
2009 / Paris / France